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Comment le Brexit affecte l'immobilier en France

Comment le Brexit affecte l'immobilier en France

Le Brexit, effectif depuis le 31 janvier 2020, a profondément reconfiguré les relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Dans le secteur de l'immobilier, les répercussions se font sentir bien au-delà des simples formalités administratives. Les acheteurs britanniques, longtemps parmi les plus actifs sur le marché français, font face à un environnement radicalement différent. Droits de séjour limités, fiscalité révisée, complexités bancaires : les obstacles se sont multipliés. Parallèlement, le marché français a connu ses propres évolutions, avec des prix atteignant 3 200 €/m² en moyenne. Comprendre ces dynamiques permet d'anticiper les opportunités et les contraintes qui structurent désormais ce marché.

Ce que le Brexit a changé pour les acheteurs britanniques

Avant 2020, un ressortissant britannique pouvait acheter, s'installer et séjourner en France sans aucune restriction particulière. Le statut de citoyen européen garantissait une liberté totale de circulation et d'établissement. Depuis la sortie du Royaume-Uni de l'UE, cette fluidité appartient au passé. Les Britanniques sont désormais traités comme des ressortissants de pays tiers, avec toutes les contraintes administratives que cela implique.

Le changement le plus immédiat concerne le droit de séjour. Un Britannique souhaitant résider en France plus de 90 jours sur une période de 180 jours doit obtenir un visa long séjour ou un titre de séjour. Cette procédure, longue et parfois incertaine, décourage de nombreux candidats à l'installation. Le Ministère de la Cohésion des Territoires a publié des guides pratiques, mais la réalité administrative reste complexe pour beaucoup.

Sur le plan financier, l'accès au crédit immobilier en France est devenu plus difficile pour les acheteurs britanniques. Les banques françaises appliquent des critères plus stricts aux non-résidents hors UE. Certains établissements exigent des apports personnels plus élevés ou refusent tout simplement de financer des profils britanniques sans revenus français. Résultat : une part croissante des achats se réalise désormais sans recours au crédit, ce qui réserve le marché aux acheteurs disposant de liquidités suffisantes.

Les chiffres illustrent cette tendance. Le nombre d'acheteurs britanniques en France serait passé à environ 15 000 en 2026, soit une baisse de l'ordre de 20% par rapport à l'année précédente. La Fédération Nationale de l'Immobilier (FNAIM) observe ce recul dans plusieurs régions traditionnellement prisées : la Dordogne, le Languedoc ou encore la Normandie. Ce n'est pas une disparition, mais un rééquilibrage notable du profil des acheteurs étrangers en France.

Évolution des prix immobiliers en France depuis le Brexit

Le marché de l'immobilier français a traversé plusieurs cycles depuis 2020. Si le Brexit a contribué à modifier la demande étrangère, d'autres facteurs ont simultanément influencé les prix. La hausse observée reste le fruit d'une combinaison de dynamiques qu'il serait réducteur d'attribuer au seul départ des acheteurs britanniques.

Les principaux facteurs qui ont pesé sur l'évolution des prix incluent :

  • La pénurie de logements disponibles dans les zones rurales et périurbaines, notamment dans le Sud-Ouest et la Bretagne
  • L'afflux de télétravailleurs français cherchant à quitter les grandes métropoles après 2020
  • Le maintien de taux d'intérêt bas, autour de 1,5% en moyenne, qui a soutenu la capacité d'emprunt des ménages
  • La demande accrue pour des biens avec espaces extérieurs, jardins et surfaces habitables plus grandes

Le prix moyen au mètre carré a atteint 3 200 € en 2026, soit une progression de 5% par rapport à 2025 selon les données de l'INSEE. Cette hausse masque des disparités régionales très fortes. Paris et ses environs restent dans une catégorie à part, tandis que certaines zones rurales du Massif Central ou de la Creuse affichent des prix bien inférieurs à 1 500 €/m².

La baisse de la demande britannique a pu exercer une légère pression à la baisse dans certaines zones très dépendantes de cette clientèle. Des villages de la Charente ou du Lot, où les Britanniques représentaient parfois 30 à 40% des acheteurs étrangers, ont vu leurs délais de vente s'allonger. Un notaire local peut confirmer que certains biens, autrefois partis en quelques semaines, restent aujourd'hui sur le marché plusieurs mois.

Les nouvelles réglementations pour les investisseurs étrangers

Acheter un bien immobilier en France reste légalement possible pour tout ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité. La législation française ne pose aucune restriction de principe sur la propriété immobilière des non-ressortissants de l'UE. Mais plusieurs évolutions réglementaires modifient concrètement les conditions dans lesquelles un Britannique peut acheter et surtout utiliser un bien en France.

La question de la résidence secondaire est centrale. Un Britannique peut tout à fait acquérir une maison de vacances en France, mais son droit d'y séjourner est désormais limité à 90 jours par période de 180 jours sans visa. Pour des séjours plus longs, un visa de visiteur ou un titre de séjour est obligatoire. Les Notaires de France signalent que cette contrainte est souvent sous-estimée par les acheteurs lors de la signature du compromis.

Sur le plan fiscal, les non-résidents hors UE subissent un traitement différencié. Les plus-values immobilières réalisées par des ressortissants britanniques sont soumises à un taux de prélèvement plus élevé que celui appliqué aux résidents européens. Avant le Brexit, les Britanniques bénéficiaient des mêmes abattements que les citoyens de l'UE. Ce n'est plus le cas, ce qui renchérit le coût d'une éventuelle revente.

Les droits de succession constituent un autre point de vigilance. En l'absence de convention bilatérale spécifique adaptée à la situation post-Brexit, des doubles impositions peuvent survenir lors de la transmission d'un bien immobilier français à des héritiers résidant au Royaume-Uni. Des avocats spécialisés en droit patrimonial international recommandent d'anticiper ces questions dès l'achat, en structurant la détention du bien de façon adaptée.

Régions françaises : qui gagne, qui perd ?

Le retrait partiel des acheteurs britanniques ne produit pas les mêmes effets selon les territoires. Certaines régions ressentent la baisse de manière aiguë, d'autres à peine. La géographie du marché immobilier français post-Brexit révèle des trajectoires très contrastées.

La Dordogne, surnommée "Dordogneshire" par les Britanniques eux-mêmes, a longtemps concentré une proportion élevée d'acheteurs venus d'outre-Manche. Le recul de cette clientèle y est perceptible. Des agences immobilières locales rapportent une baisse des mandats signés avec des acheteurs britanniques et un allongement des délais de vente pour les maisons de caractère en pierre, autrefois très recherchées.

À l'opposé, des régions comme la Côte d'Azur ou Paris ont été moins affectées. La clientèle internationale y est diversifiée : Américains, Moyen-Orientaux, Scandinaves et Asiatiques compensent largement le recul britannique. Le marché du luxe, en particulier, reste porté par une demande mondiale qui ne dépend pas d'une seule nationalité.

La Bretagne présente un cas intermédiaire. Les Britanniques y achetaient davantage des résidences principales que secondaires, attirés par la proximité avec les îles anglo-normandes et la culture maritime. La baisse y est sensible, mais la demande française intérieure, alimentée par des télétravailleurs parisiens, a partiellement pris le relais. Le marché breton reste actif, même si son profil d'acheteurs s'est transformé.

Ce que les vendeurs et acquéreurs doivent anticiper aujourd'hui

Pour un vendeur français dont le bien était traditionnellement destiné à une clientèle britannique, la stratégie commerciale doit évoluer. Cibler d'autres nationalités européennes, notamment les Allemands, les Néerlandais ou les Belges, devient une priorité. Ces acheteurs restent des citoyens de l'UE, bénéficient de la libre circulation et n'ont aucune contrainte de séjour sur le territoire français.

Pour un acheteur britannique, l'anticipation des contraintes administratives et fiscales est indispensable. Consulter un notaire français avant toute démarche reste la meilleure façon d'éviter les mauvaises surprises. La structuration de l'achat, le régime matrimonial applicable, les implications successorales : autant de sujets qui nécessitent un conseil adapté à la situation spécifique des ressortissants hors UE.

Le taux d'intérêt moyen des prêts immobiliers en France, stable autour de 1,5%, représente une fenêtre d'opportunité pour les acheteurs éligibles au crédit. Les Britanniques disposant de revenus français ou d'une situation patrimoniale solide peuvent encore accéder à des financements avantageux. La clé réside dans le choix d'une banque ouverte aux profils internationaux et dans la préparation d'un dossier particulièrement soigné.

Le marché immobilier français reste attractif à l'échelle internationale. Le Brexit a modifié les règles du jeu pour une catégorie d'acheteurs, sans remettre en question l'attractivité fondamentale du pays. Ceux qui prennent le temps de comprendre le nouveau cadre réglementaire et fiscal trouvent encore de belles opportunités, des mas provençaux aux longères normandes.

La rédaction

Les articles sont rédigés par une équipe éditoriale dont les membres suivent l'actualité du secteur immobilier et produisent des contenus d'information destinés au grand public. À propos